À l’heure où les institutions culturelles réévaluent leur rapport aux histoires coloniales et aux héritages diasporiques, le Centre Pompidou frappe fort avec Paris noir – Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000. Cette exposition inédite met en lumière les artistes afro-descendants qui ont fait de Paris un véritable carrefour d’engagements et de créations, entre affirmation identitaire, mémoire collective et expérimentations esthétiques.
De Beauford Delaney à Chéri Samba, en passant par Kra N’Guessan et le mouvement Vohou-Vohou, Paris noir tisse un récit complexe et vibrant où l’art devient vecteur de résistance, de dialogue et d’imagination politique. Une exposition indispensable pour penser autrement l’histoire de l’art en France — et faire émerger les regards longtemps restés en marge.

Une exposition manifeste sur l’art et les luttes noires en France
Avec Paris noir – Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000, le Centre Pompidou consacre une grande exposition à un pan trop souvent marginalisé de l’histoire de l’art moderne : celui des artistes afro-descendants ayant marqué la scène culturelle française.
Entre indépendances africaines, luttes pour les droits civiques, engagement tiers-mondiste et réinvention esthétique, Paris noir met en lumière les interactions fécondes entre création artistique et combats politiques, tout en célébrant la richesse de ces expressions longtemps ignorées des institutions.
Un parcours entre engagement, mémoire et diaspora
Organisée de manière chronologique et thématique, l’exposition retrace l’émergence d’un art afro-diasporique nourri par les réalités de l’exil, de l’identité fragmentée, et d’une histoire coloniale encore vive. Elle met en lumière les réseaux artistiques et intellectuels tissés entre Paris, Dakar, New York, Fort-de-France, Alger ou encore Kinshasa.
Des revues comme Présence Africaine aux mouvements de solidarité avec les luttes de libération, le visiteur est invité à découvrir comment ces artistes ont fait de Paris un foyer de création, d’insubordination et de réinvention.
Focus sur certains artistes : entre abstraction, figuration et hybridation
Plus de 200 œuvres jalonnent le parcours, signées d’artistes majeurs comme :
- Beauford Delaney, dont les toiles abstraites témoignent d’une quête mystique de lumière et d’identité ;
- Loïs Mailou Jones, pionnière du modernisme noir ;
- Wifredo Lam, fusionnant surréalisme et héritages afro-cubains ;
- Chéri Samba, avec son style incisif et populaire ;
- Et Kra N’Guessan, figure emblématique du mouvement ivoirien Vohou-Vohou.



© droits réservés
Photo Fabrice Gousset © Courtesy Loeve&Co
Zoom sur Kra N’Guessan et le Vohou-Vohou : l’art ivoirien décomplexé
Artiste ivoirien majeur, Kra N’Guessan incarne l’avant-garde du Vohou-Vohou, un mouvement né dans les années 1970 à Abidjan, qui prône l’utilisation de matériaux locaux (écorce, toile de jute, pigments naturels) et le rejet des formats académiques occidentaux.
Dans Paris noir, son œuvre Blôlo (1981) illustre cette volonté de créer un langage plastique enraciné dans les traditions africaines, sans renoncer à l’innovation contemporaine. Le Vohou-Vohou, selon lui, n’est « ni un style, ni une école, mais un esprit » : celui de la réappropriation culturelle, de la liberté créative et de l’affirmation identitaire. Son passage par Paris, notamment aux Beaux-Arts, enrichit encore cette hybridation féconde.
Paris comme carrefour d’expressions noires
L’exposition interroge le rôle ambivalent de Paris comme terre d’accueil, d’épanouissement mais aussi de tension. Si la capitale française a offert aux artistes afro-descendants une visibilité inédite, elle fut aussi un espace de marginalisation et d’invisibilisation dans les circuits officiels.
Paris noir révèle ainsi la manière dont ces créateurs ont investi des lieux comme les cafés, les librairies, les galeries alternatives pour bâtir un contre-espace de liberté artistique.
Une programmation engagée pour redonner chair à cette mémoire collective
Conférences, projections, performances et débats accompagnent l’exposition. Un symposium international a réuni chercheurs, artistes et militants pour questionner l’héritage des diasporas noires dans l’art français contemporain.
Les visiteurs peuvent aussi consulter une riche documentation d’archives : lettres, revues, photographies, extraits sonores… autant de voix qui redonnent chair à cette mémoire collective.
Informations pratiques
Centre Pompidou – Galerie 1, niveau 6
Du 19 mars au 30 juin 2025
Tous les jours sauf mardi | 11h – 21h (jusqu’à 23h le jeudi)
Tarifs : 17 € (plein) / 14 € (réduit) / gratuit -18 ans
En savoir plus sur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
