DAYÊGUÊ de Sadikou Oukpedjo : Quand la blessure devient création

Du 26 avril au 19 juillet 2025, dans le cadre de Abidjan Art Week, la scène artistique abidjanaise accueillera un événement exceptionnel : DAYÊGUÊ de Sadikou Oukpedjo, présenté simultanément à la Fondation Donwahi et à la Galerie Cécile Fakhoury. Une double exposition rare, à la hauteur d’un artiste majeur de la scène contemporaine africaine.

DAYÊGUÊ : quand Sadikou Oukpedjo se raconte…

Un dialogue inédit pour Abidjan Art Week

En résonance avec le 1er Prix décerné à Sadikou Oukpedjo lors de la Biennale de la Sculpture de Ouagadougou (BISO 2023), DAYÊGUÊ inaugure une collaboration inédite entre deux grandes institutions d’Abidjan : la Fondation Donwahi et la Galerie Cecile Fakhoury. À l’occasion de l’Abidjan Art Week, cet événement célèbre non seulement l’excellence artistique, mais aussi l’engagement commun pour soutenir des démarches puissantes, introspectives et novatrices.

La double exposition propose ainsi deux regards complémentaires sur une œuvre en pleine mutation, et s’inscrit comme un temps fort de la semaine artistique la plus attendue en Côte d’Ivoire.

Sadikou Oukpedjo : L’artiste face à sa mémoire

DAYÊGUÊ marque une rupture dans la trajectoire de Sadikou Oukpedjo. À travers dessins, peintures et sculptures, l’artiste livre une œuvre profondément personnelle, creusant au plus profond de sa mémoire intime et collective.

Bien plus qu’une exposition, DAYÊGUÊ est un geste libérateur. Sadikou partage pour la première fois publiquement son histoire personnelle, ancrée dans un prénom que lui a donné son père — Dayêguê — signifiant « Tout est bon » en langue Tchamba. DAYÊGUÊ chargé d’une ambivalence douloureuse, devient ici le fil rouge d’un récit de résilience, de libération et de réappropriation.

« Je ne veux pas que l’on m’appelle par mon histoire. Une fois créée, mon œuvre ne m’appartient plus. Chacun peut l’interpréter selon sa propre émotion, son propre esprit. C’est la beauté de l’œuvre : elle appartient à l’univers et elle vit à travers chacun de nous. » – Sadikou Oukpedjo

Sadikou Oukpedjo transforme la matière brute en langage émotionnel. Chaque œuvre est à la fois balafre, prière et cri silencieux — un acte de création qui affirme une souveraineté retrouvée sur son histoire.
À travers cette exposition, il explore le rejet de ce nom d’enfance, une blessure intime qu’il transforme en un chant universel.

Entre peintures sculptées et sculptures habitées, la dimension tactile et volumétrique de la peinture de Sadikou Oukpedjo nous apparaît. Ses figures, souvent hybrides, mi-hommes mi-animaux, semblent émerger de la toile avec une densité presque sculpturale. Cette approche confère à ses œuvres une présence physique intense.

Son œuvre picturale se distingue par une fusion saisissante entre humanité et animalité. Les figures hybrides qu’il représente interrogent les notions d’origine, d’héritage et de conscience. L’oeuvre est un miroir, comme se plait à dire l’artiste. Chacun y projette son propre vécu, permettant une connexion d’esprit à esprit, sans filtre.

Un aperçu de l’exposition à la Galerie Cecile Fakhoury

Une œuvre au carrefour de l’intime et de l’universel

Avec DAYÊGUÊ, Sadikou Oukpedjo ne cherche pas à rassurer.
Ses œuvres parlent d’une tension intérieure, d’un vertige identitaire, d’une quête d’authenticité et de vérité plus vaste qui dépasse l’anecdote personnelle pour toucher à l’universel.

Chaque création est une balafre, une prière, un cri silencieux. Mais aussi un acte de reconstruction, une façon pour l’artiste de devenir maître de son propre récit. En façonnant, en dessinant, en peignant, Sadikou transforme la douleur en force, l’intime en langage plastique.

Dans ses toiles, Oukpedjo donne vie à des êtres mi-hommes, mi-animaux, souvent en tension ou en fusion. Cette approche rappelle les archétypes de l’inconscient collectif décrits par Carl Jung, où l’animalité symbolise des aspects refoulés de la psyché humaine.

Ainsi, dans cette traversée intime, les formes explosent, transcendent, interrogent. Sadikou Oukpedjo nous rappelle, à travers ses gestes artistiques, que l’art commence là où le langage échoue. C’est une invitation à regarder en face ce que l’on préfère souvent taire.

Accompagné de Cécile Fakhoury et Illa Donwahi tout au long de son processus de création, Sadikou Oukpedjo évoque avec émotion leur soutien :

« Elles ont vu mes moments de fragilité, quand je n’étais plus totalement là. Elles seraient même mieux placées que moi pour parler de mon travail, tant elles l’ont vu naître dans son état brut. »

Ce compagnonnage humain et artistique rend DAYÊGUÊ d’autant plus authentique : une double exposition vibrante, habitée par la tension entre révélation de soi et abandon au regard de l’autre. Un titre qui reflète la quête introspective de Sadikou Oukpedjo, explorant les zones d’ombre de l’identité et de la mémoire.

Un aperçu de l’exposition à la Fondation Donwahi

Sadikou Oukpedjo : Peindre l’hybridité, sculpter l’âme

Né en 1975 à Kétao, au Togo, et résidant à Abidjan, Sadikou Oukpedjo s’impose comme une figure singulière de la scène artistique contemporaine ouest-africaine. Il vit et travaille à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Formé à l’atelier du maître Paul Ahyi, figure majeure des modernités ouest-africaines, il débute par la sculpture sur bois avant de s’orienter vers la peinture, le dessin et la céramique.​ son œuvre, à la croisée de la peinture, du dessin et de la sculpture, explore les tensions entre humanité et animalité, mémoire intime et récit universel.​

Informations pratiques

  • Exposition : DAYÊGUÊ de Sadikou Oukpedjo
  • Lieux : Fondation Donwahi et Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan
  • Dates : Du 26 avril au 19 juillet 2025
  • Événement spécial : Ouverture les 26 et 27 avril 2025 lors de la Nuit des Galeries d’Abidjan Art Week (jusqu’à minuit)


En savoir plus sur

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture