Jusqu’au 18 mai 2025, le Taubman Museum of Art (Virginie, États-Unis) accueille The Mythic Quest, la toute première exposition muséale solo de l’artiste franco-sénégalaise Delphine Diallo. Une plongée envoûtante dans un univers où photographie, spiritualité et intelligence artificielle se croisent, sous la curatelle inspirée de Katie Hirsh.

Une artiste entre deux mondes
Delphine Diallo est une exploratrice de frontières : entre cultures, disciplines, époques et états de conscience. Née à Paris d’un père sénégalais et d’une mère française, elle grandit dans un environnement mêlant rationalité occidentale et héritage mystique africain. Ce double ancrage nourrit très tôt son imaginaire artistique. Son parcours, loin d’être linéaire, épouse la forme d’une quête initiatique : une recherche d’identité, de vérité, de réconciliation entre les mondes.
Diplômée de l’Académie Charpentier à Paris, elle débute dans la direction artistique — entre musique, mode et publicité — avant de ressentir les limites d’un système souvent normatif. En 2008, sa rencontre décisive avec le photographe Peter Beard, figure majeure du portrait documentaire, change sa trajectoire. Il l’invite à le suivre au Sénégal, dans un voyage qui agit comme un retour aux sources fondateur.
Ce moment marque un tournant : elle quitte les sphères commerciales pour se consacrer à une pratique artistique libre, introspective et ancrée dans ses racines. Installée à Brooklyn depuis plus d’une décennie, elle y a fondé un studio à son image : un sanctuaire de création, de transmission, de collaboration. Elle y travaille notamment avec des femmes de divers horizons, produisant des œuvres profondément rituelles et humaines.
Ce va-et-vient constant entre Paris, New York et l’Afrique, entre traditions et technologies, donne naissance à une œuvre transdisciplinaire. Delphine Diallo manie aussi bien la photographie que le collage, la vidéo, la performance ou encore l’IA. Ce qui la guide, ce n’est pas la maîtrise technique, mais la capacité de chaque médium à ouvrir des espaces de conscience — ce qu’elle appelle « la souveraineté de l’âme ».
Son art devient un miroir pour toutes celles et ceux qui se cherchent hors des cadres imposés. Il célèbre les identités multiples : être femme et guerrière, mystique et moderne, africaine et mondiale, tout en honorant la lignée et les ancêtres, pour réécrire l’histoire à travers sa propre lumière.





The Mystic Quest, une invitation à explorer l’invisible
Quand la photographie devient quête mystique
The Mythic Quest n’est pas une exposition classique. Elle propose un récit visuel structuré en six séries d’œuvres : portraits de femmes noires puissantes — dont plusieurs collaboratrices de longue date —, autoportraits, et créations générées par intelligence artificielle. À travers ces visages, Delphine Diallo construit un langage visuel fait de symboles, de textures, de mythes, enrichi par la peinture corporelle, les parures rituelles, et les étoffes traditionnelles.
L’exposition culmine avec une série d’images générées par IA — une trentaine d’œuvres sélectionnées parmi des centaines —, illustrant l’exploration d’une nouvelle forme de création intuitive. Ces pièces, entre technologie et spiritualité, ouvrent la voie à une réflexion sur l’avenir de la représentation visuelle et de la mémoire collective.
Une curatelle engagée
Katie Hirsh, commissaire de l’exposition, accompagne cette aventure avec une grande sensibilité. Elle met en lumière l’approche de Delphine Diallo, qui transforme le portrait en outil de reconnexion à soi, aux autres et au sacré. Katie Hirsh souligne la portée inclusive et transformatrice de ce travail, qui dépasse le cadre muséal pour devenir expérience de conscience.
Une invitation à explorer l’invisible
The Mythic Quest ne se contente pas de représenter : elle suggère, invoque, murmure. Chaque portrait agit comme un portail vers un monde où le visible n’est qu’un prélude à l’invisible. À travers son objectif, le corps devient rituel, la pose devient offrande, le regard devient incantation.
Ici, l’invisible est un espace habité : par les voix des ancêtres, les croyances orales, les forces cosmiques, les énergies féminines oubliées. Chaque œuvre révèle une strate d’un récit que l’histoire dominante a souvent effacé — celui des femmes noires, de leur force intérieure, de leur rôle comme gardiennes du sacré et de la mémoire.
En convoquant des symboles ésotériques, des archétypes universels (déesse, oracle, guerrière), et même l’IA, Delphine Diallo bouleverse notre rapport à l’image. Elle fusionne les codes anciens et les outils futurs pour forger un imaginaire affranchi du regard dominant. Dans cette alchimie visuelle, l’invisible devient autant un lieu poétique qu’un acte politique.
Voir ne suffit plus, nous dit-elle. Il faut ressentir, lire entre les ombres, entendre les silences dans la lumière. C’est là que réside la véritable transformation.
Tous les détails : The Mythic Quest de Delphine Diallo – Jusqu’au 18 mai 2025 à Taubman Museum of Art, Roanoke, Virginie – Plus d’infos sur le site officiel du musée
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