Restitution du Djidji Ayokwê : le tambour parleur Atchan sur le chemin du retour

Lundi 28 avril 2025 restera une date marquante pour le patrimoine ivoirien. Le Sénat français a voté à l’unanimité le projet de loi autorisant la restitution pleine et entière du Djidji Ayokwê, célèbre tambour parleur Atchan, à la Côte d’Ivoire. Ce vote historique ouvre la voie au retour d’un symbole sacré de mémoire et de résistance, confisqué en 1916 pendant la période coloniale.

Un retour attendu depuis plus d’un siècle

Le Djidji Ayokwê, tambour monumental haut de 3,50 mètres pour 430 kilos, était utilisé par les communautés Atchan (Tchaman) pour communiquer entre villages, avertir de dangers ou rassembler les siens. Surnommé “Panthère-lion” pour son importance spirituelle et politique, l’objet est arraché en 1916 par les forces coloniales françaises. Il sera ensuite conservé dans les collections du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac à Paris.

En 2022, une première étape est franchie avec un dépôt temporaire du tambour à Abidjan, dans l’attente d’une loi formelle pour sa restitution. C’est désormais chose faite avec ce vote du Sénat.

Une victoire diplomatique et politique

Le projet de loi a été porté par la Commission Culture du Sénat, présidée par le Sénateur Laurent Lafon. L’émotion était palpable lors du vote, salué comme un acte fort de justice patrimoniale.

Cette avancée est le fruit d’un engagement conjoint entre les gouvernements ivoirien et français. Du côté ivoirien, le Président Alassane Ouattara, le Premier Ministre Robert Beugré Mambé, et la Ministre de la Culture et de la Francophonie Françoise Remarck ont œuvré en synergie avec les autorités françaises, notamment la Ministre de la Culture Rachida Dati.

La présence du Ministre de la Jeunesse Mamadou Touré et de Son Excellence l’Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandaman dans l’hémicycle a confirmé l’importance accordée à ce dossier par la Côte d’Ivoire.

Une restitution au sens fort

La Convention signée le 18 novembre 2024 à Paris entre les deux pays encadrait déjà juridiquement ce retour. Le tambour ne sera pas seulement restitué : il est aussi réintégré dans un récit partagé, pensé pour renforcer les liens entre les deux nations.

Le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, actuellement en rénovation, devrait accueillir l’objet, dans un cadre respectueux de sa valeur symbolique. Des consultations régulières avec les communautés Atchan ont été menées, dans une démarche inclusive visant à garantir un retour dans les règles de l’art.

Un symbole pour l’Afrique et le monde

La restitution du Djidji Ayokwê s’inscrit dans un mouvement international de réévaluation des collections issues de la colonisation. Elle constitue un exemple fort de coopération culturelle bilatérale, associant scientifiques, historiens, musées, diplomates et communautés locales.

« Ce tambour n’est pas un objet. C’est une mémoire vivante, un lien entre les générations, un témoin de notre histoire commune », a rappelé la Ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck.

Prochaine étape : le vote attendu à l’Assemblée nationale française, qui devrait entériner définitivement le transfert de propriété. La Côte d’Ivoire, quant à elle, prépare déjà l’accueil officiel du Djidji Ayokwê, dans un climat d’émotion et de fierté collective.


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