Du 17 avril au 3 mai 2025, la Galerie Houkami Guyzagn accueille une exposition phare inscripte au programme de Abidjan Art Week 2025 : « L’Histoire Continue ». Plus qu’un simple accrochage d’œuvres, c’est une plongée dans l’âme d’un mouvement artistique emblématique de la Côte d’Ivoire : le Vohou Vohou. L’événement rend hommage à trois de ses piliers : Mathilde Moreau, Youssouf Bath et Théodore Koudougnon, figures de proue de cette révolution plastique née dans les années 1970.


Le Vohou Vohou : un art de rupture et d’identité
Né au sein de l’École des Beaux-Arts d’Abidjan à la fin des années 70, le Vohou Vohou se voulait être une alternative aux canons esthétiques occidentaux enseignés à l’époque. Rejetant la toile et les matériaux « classiques », les artistes du mouvement revendiquaient l’usage de supports locaux : sacs de riz, toiles de jute, pigments naturels, tissus traditionnels, sable et autres matériaux de récupération.
Mais au-delà de la matière, le Vohou Vohou est une philosophie : un art libre, enraciné dans la culture ivoirienne, africain dans l’âme, mais ouvert sur le monde. Un geste de réappropriation, de décolonisation de l’expression artistique, porté par des artistes visionnaires.
Mathilde Moreau : la force poétique de la matière
Première femme artiste à s’imposer dans ce courant majoritairement masculin, Mathilde Moreau est une figure incontournable. Plasticienne, professeure, pionnière, elle travaille avec des fibres végétales, des étoffes anciennes, des objets usuels de la vie quotidienne. Son œuvre interroge la mémoire, le féminin, les traditions, avec une douceur radicale.
Toujours militante de l’art comme vecteur de transmission, elle incarne une voix singulière, puissante, à la croisée de la modernité et de l’héritage. À travers ses installations et ses compositions texturées, elle tisse un lien entre les générations et les récits de femmes africaines.
Youssouf Bath : l’architecte du chaos fécond
Formé à l’École des Beaux-Arts d’Abidjan, Youssouf Bath est l’un des fondateurs du mouvement. Connu pour son art brut et sans concession, il compose avec tout ce que la rue lui offre : papiers froissés, pigments, charbon, restes de plastique. Son univers graphique est marqué par une tension constante entre structure et désordre organisé, entre douleur et transcendance.
Bath est aussi un penseur de l’art ivoirien. Il voit dans le Vohou Vohou une métaphore de la société : désorganisée en apparence, mais riche en potentialités créatives. Ses œuvres, souvent puissamment expressives, nous parlent de la ville, de l’identité, du sacré et du profane.
Théodore Koudougnon : le philosophe du geste
Peintre et sculpteur, Théodore Koudougnon est une figure discrète mais influente du mouvement. Son travail, empreint de spiritualité, s’inspire des symboles Akan et des formes totémiques. Avec lui, le Vohou Vohou devient presque méditatif, un espace de réconciliation entre l’homme et la nature.
Ses compositions utilisent les textures, les couches, les empreintes, pour donner naissance à des œuvres qui vibrent lentement, comme une prière ou une invocation. Koudougnon est également reconnu pour avoir formé de nombreux jeunes artistes et pour sa vision d’un art qui soigne, qui pense et qui élève.






Une exposition intergénérationnelle : quand les héritiers prennent le relais
« L’Histoire Continue » n’est pas une exposition figée dans le passé : elle est un pont vivant entre les générations. En réunissant sur les cimaises les œuvres des pionniers du Vohou Vohou et celles de jeunes artistes en pleine ascension, la Galerie Houkami Guyzagn offre un récit en mouvement, un passage de témoin entre celles et ceux qui ont fait l’histoire et ceux qui l’écrivent aujourd’hui.
Aux côtés de Mathilde Moreau, Youssouf Bath et Théodore Koudougnon, trois artistes de la nouvelle garde s’invitent dans la conversation artistique : Gnohité, Alia 1er et Isidore Koffi Kouamé.
Gnohité : l’éclat brut de la matière
Formé dans l’esprit du Vohou, Gnohité fait dialoguer matériaux de récupération et formes contemporaines. Il récupère, déchire, brûle, coud, assemble, pour produire des œuvres percutantes, souvent politiques, toujours poétiques. Sa démarche reflète une conscience écologique et sociale très actuelle, tout en s’inscrivant dans la lignée des expérimentations de ses aînés.
Alia 1er : le performeur des traditions revisitées
Artiste pluridisciplinaire, Alia 1er est connu pour ses performances visuelles et son travail plastique à forte portée symbolique. Il revisite les codes du masque, de la parure, de la narration orale dans des installations hybrides, entre rituel et modernité. Dans cette exposition, il puise dans le Vohou Vohou l’audace du geste et la liberté formelle, qu’il transpose à l’ère numérique.
Isidore Koffi Kouamé : la mémoire graphique
Illustrateur et plasticien, Kouamé explore la mémoire, la ville et les identités fragmentées à travers une œuvre graphique dense, souvent en noir et blanc. Dans son travail, on retrouve l’héritage du Vohou Vohou : le refus du formatage, l’obsession du lien avec le territoire, et une quête d’authenticité. Il crée des passerelles entre générations, dans une approche pédagogique et sensible.
Ce dialogue générationnel donne toute sa force à l’exposition : il ne s’agit pas seulement de célébrer des figures tutélaires, mais de montrer comment leurs gestes fondateurs continuent de résonner, d’inspirer et d’être réinventés.
C’est aussi une manière de redonner la parole au mouvement Vohou Vohou, trop souvent sous-estimé dans les récits de l’art contemporain mondial, et de le projeter vers l’avenir.
En somme, « L’Histoire Continue » n’est pas un simple hommage : c’est un manifeste pour un art africain vivant, enraciné, mais résolument tourné vers demain.
Venez célébrer l’histoire vivante de l’art ivoirien. Venez vibrer au rythme du Vohou Vohou. « L’Histoire Continue », et elle vous attend.
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