Paroles d’artistes : Rencontre avec Vincent Michéa

Dans Paroles d’ArtistesVincent Michéa laisse découvrir comment il a vécu le COVID 19. Découvrons ensemble.

Comment vivez vous cette période de COVID 19 ? Est ce que cela a conduit à un changement dans votre façon de travailler ? Quelles sont les nouvelles choses que vous avez mis en place pour pouvoir réaliser votre activité? Qu’est ce que ce moment vous inspire de façon générale ?

Pendant le confinement, j’ai peu changé ma vie de tous les jours. J’étais toujours dans mon atelier. J’étais à Dakar car j’avais démarré un travail sur place. J’ai ramené mon matériel à Paris et pendant un mois et demi j’ai continué à travailler. Le confinement n’a pas changé ma façon de travailler. Je bouge peu de mon atelier et comme j’avais du matériel avec moi, j’avais assez de matière pour travailler. Au bout d’un moment, le fait de ne pas pouvoir sortir n’a pas été moralement facile à vivre. En sortant, on commence également à sortir de sa bulle d’artiste et on réalise que l’environnement n’est pas très gai et que cela n’amènera pas à des lendemains qui chantent. Il y a cependant une chose qui m’a déstabilisé durant cette période… George Floyd. On réalise que le contact humain qui nous lie, tout le monde ne le considère pas de la même manière. Mais ce qui c’est passé a été notre coup de grâce. La mort de George Floyd touche le cœur, la conscience des gens. C’est quelque chose de très difficile à concrétiser en image pour moi. Ouattara Watts en a d’ailleurs fait un dessin.

Est ce que ce que vous pouvez dire que cette période est propice à votre créativité?


Je suis en pause léthargique depuis trois semaines. J’ai beaucoup réfléchi… je suis bloqué… Je réfléchis à la position de l’artiste par rapport aux problèmes politiques. C’est un questionnement sur un axe de travail… je réfléchis à des images, sujets. Mon travail avait peu changé. A un moment donné, après avoir travaillé sur une série de photo montage, j’ai décidé de faire un petit pas de recul et de réfléchir. C’est donc une période propice à la créativité. Une période de travail pour nous artistes.

Plus que jamais, le COVID 19 a mis en avant l’importance des arts et de la culture dans la vie des communautés. Comment voyez vous l’avenir de la promotion de votre art en particulier, et des arts contemporains en général ? Pensez-vous que l’industrie culturelle à une partition à jouer en exploitant les canaux digitaux et numériques? Ou pensez vous que cela peut mettre en péril votre activité?

La notion d’industrie culturelle me dérange. Elle englobe tout le monde mais les artistes contemporains, plasticiens, la peinture ne sont pas un médium de divertissement. Le problème des galeristes est qu’il n’y a vraiment pas de visibilité pour les artistes dans les grands médias. On en parle simplement pour donner un chiffre en millions de dollars. Les anglosaxons mettent plus en avant notre discipline dans les grands médias. La vieille Europe reste à la traine. Les arts contemporains restent dans une sphère élitiste. Il y a donc un questionnement à avoir lorsque l’on avait des émissions consacrées aux artistes dans les années 80.

Le numérique est déjà intégré par les plasticiens contemporains. Je crois que le numérique a été important pendant ces derniers mois. Le marché de l’art et la communication…. les foires internationales sont très importantes pour la promotion. Il y a une carence dans ces foires avec le confinement. Il faut donc voir comment ce marché va se réorganiser et c’est le questionnement des galeristes et des acteurs du marché. Ce qui me préoccupe, c’est ce que je fais à mon niveau en tant qu’artiste. J’ai la chance de travailler avec des galeristes qui me soutiennent. Je leur fais confiance pour trouver des solutions. Il faut noter que c’est une collaboration bilatérale où chacun joue son rôle.

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Pour terminer, parlons de vos activités actuelles et à venir

Actuellement, l’exposition « Toi seulement » qui est un ensemble de photos montages se tient à la Galerie Cécile Fakhoury à Dakar. Il n’y a pas eu de vernissage mais elle est prolongée jusqu’en septembre 2020. L’exposition est accessibles les mardis et jeudis de 10h à 19h et pour les autres jours de la semaine, il faudra prendre rendez-vous (delphine@cecilefakhoury.com / + 221 78 185 42 25). J’ai également quelques œuvres présentées à la Galerie Cécile Fakhoury à Paris.

Je continu à travailler en espérant que l’on puisse montrer le travail prochainement. Je ne suis pas indifférent à l’annulation de la Biennale de Dakar en espérant qu’elle sera reportée à Décembre 2020. Si ce n’est pas le cas, je pense présenter mon exposition en novembre ou décembre à Dakar. La Biennale, c’est un grand rendez-vous. On prend le temps de revoir les amis, les artistes. On passe des moments à échanger autour d’un apéro. Finalement, c’est le rapport humain qui nous a manqué pendant le confinement. Nous les artistes connaissons l’isolement mais nous n’avons pas l’habitude du confinement. 

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