SILA 2019 : Interview exclusive avec Sylvia Serbin sur son ouvrage, Reines d’Afrique et Héroïnes de la Diaspora Noire

Sylvia Serbin est l’auteure de REINES d’AFRIQUE ET HÉROÏNES DE LA DIASPORA NOIRE. Un recueil qui présente les portraits de 22 personnages féminins qui ont construits l’histoire du continent. Elle est actuellement à Abidjan dans le cadre du Salon International du Livre d’Abidjan. Elle répond à 3 questions pour vous.

source : larumeurt.com

Comment voyez-vous la place de la femme dans les sociétés africaines et dans le monde actuel à l’égard de la place qu’occupaient ces femmes dans nos sociétés d’antan ?

Dans certaines sociétés africaines de l’ère précoloniale, du nord au sud du continent, les femmes pouvaient occuper une place importante et reconnue. Et ce n’était pas la question de genre qui importait alors, mais la réponse citoyenne qu’elles étaient en mesure d’apporter à leur communauté, en particulier en cas de crise.
Les choses ont commencé à changer avec l’introduction sur le Continent d’influences religieuses et culturelles extérieures apparues avec, d’abord, l’islamisation, où l’on a considéré que les femmes n’avaient rien à faire dans l’espace public, puis ensuite l’occupation du continent africain et la christianisation par des sociétés patriarcales européennes qui se prétendaient supérieures mais ne reconnaissaient aucun rôle à la femme hormis celui d’épouse et de reproductrice. Ce bouleversement a accentué l’exclusion des Africaines de leurs fonctions sociales et économiques extérieures, d’autant que la colonisation a privilégié dans ces sociétés nouvellement conquises, l’imposition d’une autorité exclusivement masculine au détriment des équilibres antérieurs.
A l’émergence du féminisme en Europe, en tant que mouvement idéologique, dans les années 70, les féministes européennes ont voulu rallier les femmes du Sud, et notamment les Africaines dont on avait diffusé une image réductrice de femmes soumises, résignées et infériorisées, en ne leur proposant que des modèles de femmes occidentales comme seuls exemples de femmes combatives, et en faisant croire que c’est l’avènement du féminisme occidental qui avait permis aux femmes noires d’apprendre à se défendre et à exister. Et, par ignorance de notre propre histoire, nous nous sommes soumis à ces modèles, sans mettre en avant que, dans le passé de l’Afrique, il a existé des femmes dirigeantes de royaumes, guerrières et grandes commerçantes qui exerçaient un véritable leadership, bien antérieurement aux suffragettes européennes de la fin du 19e et du début du 20e siècle.
Voilà pourquoi les femmes africaines ne sont valorisées nulle part en tant que modèles d’affirmation de soi, d’autonomie et de combativité, alors quelles le mériteraient amplement si l’on se référait à nos grandes figures féminines du passé et si on les popularisait dans l’inconscient collectif afin que les femmes noires retrouvent leur propre voie d’autonomisation.
Aujourd’hui, tant que nos sociétés africaines modernes ne retrouveront pas ces valeurs antérieures de reconnaissance du pouvoir féminin et de l’influence de la femme dans la conduite de nos communautés, les femmes devront encore peiner pour faire reconnaitre leurs contributions au développement de nos pays, même si des progrès sont réalisés et même si les jeunes générations sont plus offensives dans l’affirmation de soi et dans l’exigence de reconnaissance de leurs talents.

 Vous avez vécu en Côte d’Ivoire. Quel est votre sentiment à l’idée de revenir à Abidjan présenter la nouvelle version de votre ouvrage ? 

Je suis vraiment très heureuse de revenir à Abidjan, après 13 ans d’absence, pour présenter cette nouvelle version enrichie de REINES d’AFRIQUE ET HÉROÏNES DE LA DIASPORA NOIRE.
Je le suis d’autant plus que je suis souvent invitée à donner des conférences dans différentes régions du monde, du Brésil au Canada en passant par divers pays d’Europe ou des Antilles, ou encore en Afrique notamment en Angola, au Congo Brazzaville, à Kinshasa, Dakar, Zimbabwé, Ouagadougou… ! sur le thème des femmes noires qui se sont illustrées dans l’Histoire, et j’avais comme un regret de ne pas avoir d’opportunités de pouvoir le faire ici.
Aussi, je voudrais en profiter pour exprimer ma gratitude à M. Ndakpri, responsable du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA) qui m’a donné cette chance, et à la librairie la FNAC qui a accepté de me recevoir sur son stand pour des séances de dédicaces et des échanges avec le public, le jeudi 16 et samedi 18 mai dans l’après midi, mais aussi pour une séance de dédicaces Spécial Fêtes des Mères, le samedi 25 mai à partir de 10h.

Quelle Reine, quelle héroïne selon vous pourrait etre celle à laquelle les jeunes ivoiriennes pourraient s’identifier? 


Il y a 22 personnages différents dans mon livre, et chacune de ces femmes a connu des parcours différents, présentent des personnalités différentes, sont confrontées à des contextes et des défis différents. Mais chacune a trouvé en elle la force de résister, d’affronter les difficultés, de se battre pour et avec les siens, et de faire avancer les choses, même au péril de leur vie. Il y a là une large palette de femmes inspirantes en qui les jeunes Ivoiriennes pourraient trouver de beaux modèles d’identification. Je suis sure aussi qu’elles seraient fières de proclamer qu’elles se sentent, en quelque part, les héritières de ces femmes, compte tenu de l’énergie qu’elles sont aujourd’hui capables de déployer pour construire leur chemin et se créer une vie épanouissante.

Retrouvez l’auteure au SILA 2019 et pour ses séances dédicaces à la FNAC le jeudi 16 et samedi 18 mai dans l’après midi, mais aussi pour une séance de dédicaces Spécial Fêtes des Mères, le samedi 25 mai à partir de 10h.

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