Abidjan immortalise Joseph Anouma avec « La Renaissance »

Du 10 janvier au 09 février 2019, La Rotonde des Arts abrite « La Renaissance » de Joseph Anouma, une exposition retrospective de l’oeuvre d’un témoin de l’histoire de l’art en Côte d’Ivoire.

« La Renaissance » de Joseph Anouma

Lorsque le passé donne vie au présent

Joseph Anouma est un artiste pluridisciplinaire. En effet, il est à la fois, graveur, peintre, dessinateur, illustrateur, sculpteur et poète. Enseignant à l’Ecole des beaux-arts, dont il fut notamment directeur, et poète à ses heures perdues, il a une carrière artistique riche de plus d’une quarantaine d’années (44 ans exactement, à ce jour). L’exposition « La Renaissance » qu’il présente aujourd’hui, est une retrospective de son oeuvre puisqu’elle survient après 8 ans de silence. Il faut effectivement noter que pendant ces dernières années, l’artiste n’a pas exposé. Il a fait preuve de distanciation dans son approche créative en vue de faire jaillir ce qu’il y a plus profond dans sa démarche : la réalité virtuelle.

Loin de vouloir nous influencer dans nos jugements, loin de vouloir nous imposer une vérité, il nous invite à la suggestion. En effet, il résume sa démarche artistique dans sa volonté de « capter des forces ». Ainsi en capturant de « fausses figures » qui ne sont que les projections de l’humain, il met à jour une réalité de l’homme conditionné par son milieu social, par tout ce qu’il voit, ressent et absorbent. L’être humain est en quelque sorte une éponge qui absorbe des émotions, des événements qu’il laisse par la suite se traduire de façon consciente ou inconsciente dans sa réalité quotidienne. Ces instants, tranches et moments de vie enfouis dans le subconscient, sont les outils qui sculptent la matière, l’homme. C’est ainsi que l’artiste, par réminiscence, les projette dans son oeuvre comme pour en extraire l’essence.

Joseph Anouma, immortel ?

« La renaissance », telle que décrite par Joseph Anouma, se traduit par la « résurrection ». Il explique que « On meurt et on ressuscite », comme pour illustrer son absence comme une mort silencieuse et son retour sur la scène artistique comme une nouvelle naissance. Ce parallèle à la « résurrection » nous évoque la notion d’immortalité. En effet, l’artiste, de façon général, à travers son oeuvre, tend à devenir immortel puisque son oeuvre défiera le temps. Il en est de même de l’oeuvre de Joseph Anouma. Elle l’est au sens propre mais également au sens figuré.

Une relation particulière au bois

La peinture sur Tapa

Joseph Anouma entretient une relation particulière au bois. En effet, il a su se distinguer dans sa technique pour sa pratique de la peinture sur le tapa. Le Tapa est un tissu d’écorce réalisé à partir d’écorce de l’arbre à pin que l’on trouve sous les tropiques. Sa technique constitue en la gravure de motifs d’abord sur une planche de bois qu’il sculpte. Ensuite, il imprime sur l’écorce de bois les couleurs. En principe, il devait le faire à la machine mais comme il n’en avait pas, il mettait les couleurs sur la planche. Il travaillait donc par déduction en commençant par les couleurs claires et en allant progressivement vers les couleurs sombres pour faire le contraste. Le manque de moyen développa la créativité. Il a conservé cette technique de gravure qui n’est pas sans rappeler celle de l’impression des pagnes et des batik.

La sculpture

La relation de Joseph Anouma au bois existe depuis longtemps. En s’adonnant à la sculpture, il fait un passage naturel du 2D au 3D. De la sculpture de l’écorce de bois ou de l’osier à celle du tronc en teck, il n’y a pas de rupture. En effet, la gravure faite avec du bois pour réaliser les peintures sur tapa se fait avec les mêmes instruments. On comprend que c’est l’appropriation de la matière qui évolue.

Cependant, c’est dans le travail de sculpture que Joseph Anouma a compris le sens de la « capture des fausses figures ». Il explique : « Quand on travaille le bois en sculpture, on n’a pas nécessairement de but initial. Dans mon travail, j’essaie de faire en sorte que les premières formes aient un rapport avec les suivantes et ainsi de suite. Je prends mon bois brut, je prend ma craie et je dessine des formes. Ensuite, je travaille le bois et je peaufine. Les formes doivent répondre à un seul canon, celui d’être en harmonie les unes avec les autres, pour ne pas avoir trop de choses difformes. » C’est pourquoi, il explique qu’il met en exergue une « réalité virtuelle » qu’il compare à une sorte de « mensonge organisé ».

Ainsi, il n’est jamais très loin du bois. Il n’est jamais très loin du « bois sacré ». Il explique que chaque sculpture qu’il réalise est particulière et unique puisqu’elle dépend du bois que l’on trouve : « Que ce soit un iroko ou un teck, ce qui est important c’est de choisir, comme pour les tam tam, des bois qui défient le temps, » des bois immortels…. C’est ainsi qu’il s’acharne tantôt sur l’écorce, tantôt sur le coeur pour laisser sortir l’essence de l’arbre comme pour lui donner une nouvelle vie, une renaissance.

L’exposition « La Renaissance » immortalise en ce sens l’oeuvre de Joseph Anouma. Des bois immortels sculptés aux peintures et gravures sur tapa immortels, il n’y a qu’un pas : celui de la réalité que l’on se construit dans l’imaginaire. C’est ainsi, que l’artiste reste immortel puisqu’à travers son oeuvre, sa propre essence demeure. L’artiste demeure en la matière visible et invisible. Pour conclure, tant que l’oeuvre vivra, l’artiste existera et tant que l’oeuvre existera, l’artiste vivra. L’artiste et l’oeuvre deviennent « UN » et indissociable. « La Renaissance » prend donc tout son sens dans l’infinité du temps.

L’exposition se poursuit jusqu’au 09 février 2019 à La Rotonde des Arts.

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