Une île à la croisée des mondes

D’Asie, d’Afrique, d’Arabie, d’Iran et d’Europe. Le Madagascar est une île construite au confluent d’influences et dispose ainsi d’une culture très riche. Jusqu’au 1er janvier 2019, le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac à Paris lui consacre une grande exposition intitulée « Madagascar. Arts de la Grand Île ».

Par Tanja Schreiner

Une île à la croisée des mondes

Durant de longues décennies, les arts et les cultures de Madagascar ont reçu peu d’attention en Europe, explique Stéphane Martin, président du Musée du Quai Branly. Pour mettre en lumière ces cultures encore méconnus, le musée parisien présente jusqu’au 1er janvier 2019 l’exposition « Madagascar. Arts de la Grand Île ». Cette dernière est la première grande exposition que la France consacre à l’île au sud-est de l’Afrique depuis plus de 70 ans.

Dans la Galerie Jardin du musée, l’exposition rassemble près de 360 pièces qui font découvrir l’art, l’histoire et la culture malgaches sur près de dix siècles. La première section de l’exposition retrace les multiples influences que Madagascar a connu durant le temps – d’Asie du Sud-Est, d’Afrique de l’Est, d’Arabie, d’Iran, d’Inde et plus tard d’Europe et notamment de la France comme ancienne puissance coloniale. Ici on trouve des objets archéologiques ainsi que des œuvres du 19ème et 20ème siècle qui illustrent la construction d’un royaume malgache et la période de la colonisation. Dans cette partie se démarque surtout le travail du photographe Pierrot Men, qui montre dans ses reportages documentaires, faits souvent en noir et blanc et avec beaucoup de discrétion, la beauté de son île natale.

L’habitation comme élément de distinction sociale et d’affirmation de l’autorité

L’exposition continue son parcours avec des objets du quotidien, dont des meubles, des vêtements et des bijoux ou des instruments de musique. On y apprend que, compte tenu de l’importance du culte des ancêtres à Madagascar, le tombeau a une valeur supérieure à celle de la maison. La maison traditionnelle malgache compte peu de meubles avec le lit étant l’objet le plus grand et important, puisqu’il indique le statut social de son propriétaire.

L’île rouge, la Grande Île, l’île des musiciens – Madagascar est non seulement une île aux diverses influences, mais aussi une île à plusieurs noms. En tant que cinquième plus grande île du monde après l’Australie, le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo, elle dispose d’une superficie légèrement plus grande que celle de la France. En référence à la latérite qui colore ses plateaux, Madagascar est également appelé l’île rouge. Et comme en toute occasion, la musique, les chants et les danses sont présents à Madagascar, ce qui lui a valu le surnom d’île des musiciens.

De la vie à un autre voyage

La dernière partie de l’exposition est consacré au rapport entre les mondes invisibles et parallèles, et le monde des morts, qui marque profondément l’art de Madagascar. « Les Malgaches, qui ont gardé le système de croyances de leurs ancêtres, ne sont pas polythéistes, mais plutôt hénothéistes : ils reconnaissent la suprématie d’un seul dieu, tout en admettant l’existence d’une multitude d’esprits », explique l’exposition. « Ce sont les ancêtres qui sont les médiateurs entre les vivants et le Créateur. Le dialogue avec les ancêtres se fait à travers les sacrifices mais aussi par les rêves et la possession, la transe permettant de solliciter les conseils d’un esprit pour régler un problème. »

Une grande salle de l’exposition est ainsi consacrée aux œuvres funéraires monumentales, des immenses hommages aux ancêtres qui illustrent la vision de la mort des malgaches, non perçue comme une fin en soi, mais comme un autre voyage.

Comme on a l’habitude au Musée du Quai Branly, aussi l’exposition « Madagascar. Arts de la Grand Île » est très riche en informations. Mais après des décennies de méconnaissance des arts, des cultures et de l’histoire de cette île aux multiples facettes, le Madagascar a bien mérité notre attention durant une longue visite au chaud dans ce temps d’automne parisien. Autour de l’exposition, le musée organise en outre des concerts, des rencontres, des spectacles et des colloques.

Le dimanche 2 décembre, les visiteurs pourront par exemple écouter des contes de Madagascar et découvrir la Grande Île dans une sélection de onze films. Un colloque sur le thème « Patrimoine, création et société à Madagascar » aura lieu les mercredi 14 novembre et jeudi 15 novembre.

 

« Madagascar. Arts de la Grand Île », Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, 37, quai Branly 75007, Paris, www.quaibranly.fr. Horaires : mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h, jeudi – samedi de 11h à 21h.

 

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