A Abidjan, Aida Muluneh magnifie la femme

Depuis le 20 septembre 2018, la Fondation Donwahi présente une série d’œuvres de l’artiste Éthiopienne de renommée internationale, Aïda Muluneh. Des photographies qui magnifient la femme et la porte au centre d’une réflexion beaucoup plus globale sur la place de cette dernière sur le continent. 

La femme au cœur d’un processus artistique

Jusqu’à fin décembre 2018, la Fondation Donwahi à Abidjan accueille d’incroyables clichés réalisés par la photographe Ethiopienne Aïda Muluneh. Cette dernière fait partie de cette nouvelle génération d’artistes contemporains les plus côtés à l’international. Elle a également fondé le premier festival consacré à la photographie en Afrique de l’Est, Addis Foto Fest (AFF). Son parcours est jalonné de nombreuses distinctions et son travail consiste notamment à la valorisation de la photographie en Éthiopie. L’objectif est de fournir des plateformes de formation à la jeune génération de photographes éthiopiens. Ainsi, ils pourront ensemble créer une narration plus réaliste de l’histoire contemporaine de l’Éthiopie dans le prisme de la photographie.

Le corps féminin est magnifié dans les œuvres de Aïda Muluneh

Les photographies présentées à la Fondation Donwahi ont en commun la Femme. En effet, toutes les figures représentées sont celle d’une ou plusieurs femmes. On assiste à des mises en scène et des portraits souvent surréalistes, de femmes aux visages peints, et au regard significatif. Nous avons une forte symbolique de la femme dans les sociétés traditionnelles où ses dernières communiquent plus par leur regard et leur posture que par la parole. C’est ainsi que dans ce silence, ces femmes nous interpellent sur des sujets sociaux, culturels et politiques. Les symboles apparaissent ça et là. Disposés méticuleusement pour nous interpeller. Le choix des couleurs n’est pas non plus anodin. C’est un ensemble harmonieux qui nous interroge sur la relation entre le corps et son environnement, mais aussi sur la notion de temps, sur la religion et sur la sexualisation de la femme. De nombreuses thématiques d’actualités qui donnent une puissance incontestable à l’ensemble de ces clichés.

Quand la technicité est mis au service de la peinture

D’un point de vue technique, nous assistons à un travail de construction, de déconstruction et de reconstruction. En effet, Aïda Muluneh construit ses images. Elle choisi des visages. Elle les recouvre de peinture, de motifs, de couleur. Elle compose une histoire, un narratif. Puis elle revient sur cette composition. Elle la déconstruit, la reconstruit par des procédés techniques empruntés au numérique mais également au volet aléatoire et merveilleux de la révélation en chambre noire. Il y a donc un coté magique à cette création qui laisse aussi sa part d’imprévisibilité. Et c’est ce qui nous offre la beauté des clichés.  Et l’artiste d’expliquer : « Dans ce monde numérique, je pense que chaque photographe doit se salir les mains dans la chambre noire ». Une jolie façon de nous rappeler qu’au delà de la photographie, il s’agit bien d’une composition qui nous plonge dans différents médiums artistiques. On pourrait dire que l’on part de la production cinématographique puisque l’on met en scène le personnage, avec un style particulier, on joue sur les éclairages. On se perd dans la peinture, notamment faciale, qui sert finalement d’ornementation corporelle et identitaire en Éthiopie et dans de nombreuses cultures traditionnelles dans le monde. Puis on en vient à la photographie. Une fois le portrait réalisé, il subit les ajustements techniques du numérique mais aussi et surtout la magie de la révélation en chambre noire. En définitive, c’est un chef d’œuvre que nous sommes amenés à apprécier. Un chef d’œuvre harmonieux qui nous touche car il est tantôt déroutant, tantôt captivant.

A propos de Aïda Muluneh

Née en Ethiopie en 1974, Aïda a quitté le pays très jeune et a passé une enfance itinérante entre le Yémen et l’Angleterre. Après plusieurs années passées dans un internat à Chypre, elle s’installa finalement au Canada en 1985. En 2000, elle obtint un diplôme du département de la communication avec une majeure en cinéma de l’Université Howard à Washington. Après avoir obtenu son diplôme, elle travailla comme photojournaliste au Washington Post, cependant, son travail peut être trouvé dans plusieurs publications internationales.

Aïda a également été présentée en Afrique du Sud, au Mali, au Sénégal, en Égypte, au Canada, aux États-Unis d’Amérique, en France, en Allemagne, en Angleterre et en Chine, pour ne nommer que quelques pays. Une collection de ses images se trouve dans la collection permanente du Musée national d’art africain du Smithsonian, du Hood Museum et du Museum of Biblical Art aux États-Unis. Elle est récipiendaire du prix de l’Union européenne 2007 aux Rencontres africaines de la photographie à Bamako au Mali, du lauréat 2010 du prix international de la photographie CRAF à Spilimbergo (Italie) et d’un CatchLight Fellow 2018 à San Francisco (États-Unis).

En tant que l’un des principaux experts africains en photographie, elle a été membre du jury de plusieurs concours de photographie, notamment les Sony World Photography Awards 2017 et le World Press Photo Contest 2017. Elle a également participé à diverses discussions de groupe sur la photographie dans le cadre d’événements tels que comme sommet culturel de l’Union africaine, Art Basel et Tedx / Johannesburg. De plus, elle est actuellement ambassadrice Canon. Aida est la fondatrice et directrice d’Addis Foto Fest (AFF), le premier festival international de la photographie en Afrique de l’Est organisé depuis 2010 dans la ville d’Addis-Abeba. Elle continue à éduquer, gérer et développer des projets culturels avec des institutions locales et internationales à travers sa société DESTA (Développement et éducation de la société par l’art) For Africa Creative Consulting PLC (DFA) à Addis-Abeba, en Éthiopie.

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