A Abidjan, les maîtres du Vohou Vohou s’installent à la Galerie Houkami Guyzagn

Deux maîtres du Vohou Vohou, premier courant artistique ivoirien, exposent à la Galerie Houkami Guyzagn jusqu’au 28 aout 2018. Intitulée « Diaspora et immigration », cette exposition est à voir comme un retour aux origines. 

 

Diaspora et immigration 

Au commencement le Vohou Vohou 

Le Vohou Vohou apparu dans les années 1970 à l’Ecole Nationale des Beaux Arts d’Abidjan. Officiellement, il est né en 1985, date à laquelle de jeunes peintres « dissidents » organisèrent au Centre culturel français une exposition-manifeste qui sanctionnait la fin de leurs années d’études. Parmi eux, Koudougnon Théodore, N’Guessan Kra, Yacouba Touré dit Yack, Youssouf Bath, Ibrahim Keïta… Il était un mouvement de rejet de l’ordre établi dans l’apprentissage académique des arts. En effet, bien que réalisées sur des supports classiques, les oeuvres prenaient vie à travers la matière. C’est ainsi que les cauris, le sable, le raphia, le bois, les plumes, les os… s’installèrent sur les toiles de jute. L’heure était à la créativité et à la récupération.  A cela s’ajoutait tout un univers du symbole puisé dans la culture individuelle et collective des artistes. C’est ainsi que le Vohou Vohou pris son envol. 

Aujourd’hui, Kra N’Guessan vit et travaille en France. Son travail toujours emprunt de la symbolique Akan laisse apparaitre des poids à peser, des masques, des symboles Adinkra au milieu de la matière. Du bois, des graines, des mégots, des écorces, du sable… ses oeuvres en relief sont une invitation à lire en nous à travers tous les messages induits par les symboles picturaux et matériels. On remarquera aussi que ses oeuvres sont une sorte de retrospective sur l’ensemble de son parcours artistique. De 1985 à 2018, vous avez le plaisir d’apprécier la richesse d’un parcours construit à l’international. 

Youssouf Bath, quant à lui, vit et travaille à Dabou. Ses oeuvres souvent réalisées sur du sable laissent place à un imaginaire surréel, à la fois mystique et poétique. Les symboles, les masques et silhouettes s’accumulent dans un éclat de couleur qui sont parfois obtenues grâce à des décoctions de plantes. Une façon d’entrer dans le vif de ses réalisations qui évoquent, particulièrement, les relations que l’homme entretient avec le monde surnaturel. On aborde donc un autre pan du développement de l’identité de l’homme avec le rapport intrinsèque avec les cultures et religions animistes. 

De la problématique de l’immigration 

La problématique de l’immigration évoqué dans l’exposition est une forme d’interpellation. En effet, les artistes attirent l’attention de la jeune génération sur la nécessité d’être prudent dans leur quête de l’Eldorado. Ils ont tous les deux eux une expérience internationale mais cette expérience s’est faite conformément à un projet. Par conséquent, cette exposition est le lieu d’inviter les jeunes à puiser dans les ressources de la tradition pour trouver leur identité profonde. Savoir d’où l’on vient pour mieux identifier le but de sa vie. Autrement dit, faire un retour aux origines pour identifier les éléments clés de son projet de vie. Il s’agit donc de voir l’immigration comme un projet construit et non comme une utopie d’un monde meilleur car « l’avenir est l’Afrique ». 

Un propos qui est bien illustré. Youssouf Bath et Kra N’Guessan ont tous les deux connus l’immigration dans un premier pan de leur carrière. Par la suite, ils ont fait des choix différents. Le premier est resté en Cote d’Ivoire et le second a immigré dans un cadre défini. Tous les deux ont continué à développer respectivement leur carrière. L’idée est de faire comprendre que l’immigration ne doit pas être vue comme une souffrance physique virant au cauchemar. Les jeunes doivent en prendre conscience pour que la tragédie humaine à laquelle nous assistons ces derniers temps s’arrêtent. 

C’est à travers les techniques du Vohou Vohou, que Kra N’Guessan et Youssouf Bath traitent de cette problématique d’actualité. Une façon de nous rappeler que ce courant artistique est bien vivant. Rendez-vous donc jusqu’au 28 août 2018 à la Galerie Houkami Guyzagn pour apprécier les oeuvres des maîtres du Vohou Vohou.