Abidjan, capitale du Reggae

Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Ismaël Isaac, Kajeem, Serge Kassy, Jom Kamson, Béta Simon, Coco Rasta, Spyrow, Naftaly… tous ces artistes ont en commun deux choses : le reggae et la Côte d’Ivoire. Le pays regorge de groupes de reggae et de chanteurs talentueux qui feraient de la Côte d’Ivoire, une terre mondiale du reggae.

 

Du reggae dans les oreilles

Un fait peu étonnant lorsque l’on sait que cette musique est diffusée à grande échelle dans la société ivoirienne. En effet, les ondes radio et la télévision locales diffusent régulièrement des chansons et clips de reggae. A cela s’ajoute la naissance en 2015 de radios dédiées à la musique jamaïcaine comme Zion FM et Alpha Blondy FM. On peut aussi se laisser distraire par la musique reggae lors des déplacements en taxi, dans les cafés et maquis, restaurants populaires.

Le Parker Place, le temple du reggae

Des lieux dédiés ont même vu le jour, certains vieux de plus de 15 ans, comme le Champion à Blokosso sur la lagune Ebrié, le Kingston Place à Marcory, le Pam’s et le Ménékré situés, tous les deux, sur le Boulevard Latrille ou encore le Café de Versailles à Angré et l’incontournable Parker Place créé par feu Désiré Aloka dit Des Parker en référence au célèbre Maceo Parker. Situé dans le quartier zone 4 qui est devenu une institution de cette culture en Côte d’Ivoire. Ce véritable temple de la musique reggae est l’établissement dédié pour tous les passionnés de ce genre musical. Son groupe de musiciens résidents, les Wisemen, qui enflamme les soirées nocturnes ivoiriennes, accompagne parfois des célébrités locales et internationales du domaine que le Parker Place accueille régulièrement. On peut citer : Steel Pulse, Luciano, Tiken Jah Fakoly, Kajeem, Taïro, Bushman, Daddy Nuttea, Takana Zion… pour ne citer que ces célébrités.

Abi-Reggae Festival, une rencontre internationale

Mais l’histoire du reggae ne s’arrête pas là. Elle va plus loin avec des festivals bien que le pays a longtemps souffert d’une mauvaise gestion de ces activités de promotion, le Festival Abi-Reggae dont la première édition s’est déroulée au Palais de la Culture de Treichville du 9 au 12 avril 2015 s’impose dorénavant comme la référence en matière de musique jamaïcaine. Initié par trois passionnés du domaine à savoir Moussa Dosso, Ministre d’État, José Touré, businessman ivoirien installé aux États-Unis, et Azoumana Ouattara, professeur à l’Université de Bouaké, ce festival rassemble depuis maintenant trois ans des pointures planétaires du reggae y ont participés. On peut citer Morgan Heritage, I-Threes, Mutabaruka, Ky-Mani Marley, Third Word, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Takana Zion ainsi que des conférenciers et spécialistes du reggar et du mouvement rastafari comme Pr Elika Mboloko, Dr Kandeh Yumkella, Pr Horace Campbell, Donisha Prendergast la petite fille de Bob et Rita Marley, la journaliste Hélène Lee, Julius Garvey, le fils de Marcus Garvey, l’histoirien Lazare Ki-Zerbo ou les universitaires Jéremie Kroubo Dagnini et Jahlani Niaah… Abi-Reggae rassemble toutes les générations d’ivoiriens durant trois jours d’échanges, de rencontres et de garden parties, dans une ambiance conviviale, où toutes les couches sociales sont réunies pour un « moment d’enjaillement » dans le respect de la culture rastafari.

Une communauté forte

A Abidjan, la communauté rasta ivoirienne est très forte. Elle compterait 3000 membres répartis sur toute l’étendue du territoire national. Parmi les personnalités à sa tête l’on peut citer Naftaly et Ras Julian qui luttent pour la démocratisation du reggae en espérant que les termes négatifs tels que « drogués » ou « fous » qui leurs sont associés disparaissent. Cette communauté très inspirée par le discours rastafarien d’unité décida dans les années 2000 de fonder un village rasta. Ils se sont installés dans le quartier de Vridi à Abidjan. Dans ce village, on pouvait rencontrer des artistes, peintres, sculpteurs, producteurs, musiciens, chanteurs, producteurs et autres passionnés tous unis par le reggae et le rastafari. En 2012, le rêve fut bouleversé. Le village fut détruit par la police. La plupart des habitants ont tout perdu, d’autres décidèrent de s’installés sur un nouveau site à Grand Bassam, souffrant toujours de la même stigmatisation.

Une génération engagée

Toutefois, le reggae reste et restera populaire en Côte d’Ivoire car c’est une musique militante et engagée. Les thèmes majeurs comme la paix, la justice, la révolution mentale, la liberté qui sont véhiculés par le Reggae dont tes thèmes très abordés dans la culture zouglou en Côte d’Ivoire. Loin d’être revendicateurs, les ivoiriens aiment avant tout s’insurger des maux de la société dans laquelle ils vivent tantôt de façon très sérieuse, tantôt de façon très humoristique. C’est donc tout naturellement que le reggae s’insère dans un engagement pour une génération consciente.

 

Avec tous ces atouts, les abidjanais peuvent se targuer de dire que la Côte d’Ivoire est le pays du reggae africain pour emprunter l’expression de Jérémie Kroubo Dagnini dans son ouvrage intitulé : Vibrations jamaïcaine, Camion Blanc, 2011

 

Publicités