Bernard Binlin Dadié, 100 ans, Premier lauréat du Prix Jaime Torres Bodet

Il vaut mieux tard que jamais ! Et oui, c’est dans le courant de sa 100ème année que l’écrivain ivoirien Bernard Binlin Dadié a reçu le Prix UNESCO/ UNAM Jaime Torres Bodet.

Ce prestigieux prix international décerné à Bernard Binlin Dadié, le récompense pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution à la promotion du savoir et du progrès de la société par l’Art, les Lettres et les Sciences humaines en Afrique et dans le monde. Il faut noter que l’écrivain est le premier lauréat de ce prix.

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source : Le Monde

 

Bernard Binlin Dadié

Bernard Binlin Dadié est un écrivain et homme politique ivoirien né en 1916 à Assinie dans le sud de la Côte d’Ivoire. Fils de Gabriel Dadié, compagnon de lutte du premier Président ivoirien, feu Félix Houphouët-Boigny, Bernard Dadié est considéré comme le Père de la littérature ivoirienne pour son œuvre littéraire. En effet, il a écrit de nombreux ouvrages et a exploité différents styles d’écriture et différents genres littéraires. On pourra donc essaiment trouver des nouvelles, des romans, des poèmes, des pièces de théâtre et des essais dans sa bibliothèque.

Il a par ailleurs reçu deux fois le Grand prix littéraire d’Afrique noire avec Patron de New York, 1965 et La ville où nul ne meurt, 1968.

Un de ces poèmes que j’apprécie tout particulièrement est « Je vous remercie mon Dieu » car l’écrivain évoque, pour moi, des images réalistes de la culture africaine, les femmes qui portent les fagots et autres calebasses sur la tête, les Noirs portant les douleurs du monde. Il créé une voire des juxtapositions entre le monde spirituel et les Africains. Et va même, selon moi, jusqu’à souligné un parallélisme entre les Noirs et des images bibliques et mythologiques comme pour leur créer une identité favorable et leur rappeler qu’ils sont capables de surmonter leurs luttes. Ce poème est bel est bien une réponse aux influences colonisatrices pour tenter de formuler, faire naitre, une identité humaine sans divisions « des races » (si l’on peut parler de race). C’est donc un poème sur l’égalité des hommes en rappelant que nous avons tous, quelque soit notre couleur de peau, notre rôle à jouer.

Ce poème, ci-dessous, illustre donc bien, pour moi, la lutte permanente de Bernard Binlin Dadié pour l’égalité.

Je vous remercie mon Dieu

Je vous remercie mon Dieu, de m'avoir créé Noir,
D'avoir fait de moi
La somme de toutes les douleurs,
Mis sur ma tête,
Le Monde.

J'ai la livrée du Centaure
Et je porte le Monde depuis le premier matin.
Le blanc est une couleur de circonstance
Le noir, la couleur de tous les jours
Et je porte le Monde depuis le premier soir.

Je suis content
De la forme de ma tête
Faite pour porter le Monde,
Satisfait
De la forme de mon nez
Qui doit humer tout le vent du Monde,
Heureux de la forme de mes jambes
Prêtes à courir toutes les étapes du Monde.

Je vous remercie mon Dieu, de m'avoir créé Noir,
D'avoir fait de moi,
La somme de toutes les douleurs.
Trente-six épées ont transpercé mon coeur.
Trente-six brasiers ont brûlé mon corps.
Et mon sang sur tous les calvaires a rougi la neige,

Et mon sang à tous les levants a rougi la nature.
Je suis quand même
Content de porter le Monde,
Content de mes bras courts
De mes bras longs
De l'épaisseur de mes lèvres.

Je vous remercie mon Dieu, de m'avoir créé Noir,
Je porte le Monde depuis l'aube des temps.
Et mon rire sur le Monde,
Dans la nuit,
Créé le Jour.

Bernard Dadié

 

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Source : L’Express M. Maurice Bandama, Ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie, Mme Henriette Dagri Diabaté, Grand chancelier de l’Ordre national de la Republique de Côte d’Ivoire et M. Bernard Dadié, écrivain ivoirien, Premier lauréat du Prix Jaime Torres Bodet

La Cérémonie

Cette cérémonie organisée par l’UNESCO a eu lieu en ce jeudi 11 février 2016 au Palais de la Culture d’Abidjan en présence de Mme Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO, Mme Henriette Dagri Diabaté, Grand chancelier de l’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire et M. Maurice Kakou Bandama, Ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie.

Ce prix est une reconnaissance internationale à un écrivain qui durant plus de 80 ans a su revendiquer sa liberté et œuvrer pour la promotion du savoir, du progrès par l’Art et les Lettres en Afrique et dans le monde. En effet, nombreuses sont ses œuvres qui sont enseignées dans les lycées, universités et grandes écoles d’Afrique et dans le monde.

Nous pouvons donc dire merci à l’UNESCO pour cet hommage à ce grand homme, cet intellectuel, ce promoteur de la richesse culturelle et artistique de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière !

Le prix Jaime Torres Bodet

Le prix Jaime Torres Bodet a été créé à l’initiative du docteur José Narras Roblès, recteur de l’université nationale autonome du Mexique (UNAM). Pour la petite histoire Jaime Torres Bodet est un membre fondateur de l’institution dont il fut le directeur de 1948 à 1952. Le prix d’une valeur de 50 000 dollars, soit 25 000 000 de F CFA, sera décerné tous les deux ans et est destiné à récompenser  « les efforts de la personne, du groupe de personnes ou de l’institution internationale qui a contribué au développement de la connaissance et du savoir, à travers l’art, l’enseignement et la recherche en sciences sociales ».

Bernard Dadié a été sélectionné, pour cette première édition, parmi des candidatures en provenance de 20 pays. Il restera donc dans les annales internationales comme une figure emblématique ayant contribuée à assurer et garantir la paix internationale à travers la culture.

Merci à l’UNESCO et surtout Merci à PAPA BERNARD DADIE !

Sources d’informations sur l’événement : Le Monde et L’Express