Femme noire – Léopold Sédar Senghor

Aujourd’hui, nous allons parler poésie et fait de société.

La Poésie
La poésie car c’est un art que je connais depuis ma tendre enfance du fait que mon Papa était un grand poète et écrivain à ses heures perdues. J’avais donc un grand professeur pour mes récitations à l’école et je m’en suis toujours bien sortie malgré mon petit cheveu sur la langue (rires) ! Mais j’aime beaucoup la poésie car c’est un art très complexe. En effet, il ne s’agit pas juste d’écrire un texte, il faut trouver des rimes, un rythme, les mots justes, l’harmonie ou la rupture, etc.… c’est un travail très complexe d’écriture qui demande une très grande maitrise des subtilités de la langue française. C’est donc pourquoi, j’admire autant la poésie.

Fait de société
Le fait de société que je souhaite aborder se trouve dans le titre du poème que je vous propose de découvrir ou re-découvrir car il est très célèbre. Il s’agit de Femme noire de Léopold Sédar Senghor.

J’espère que tout le monde le connaît !! Pour rappel, Senghor est né en 1906. Il marqua la poésie française du XXème siècle par l’apport d’un nouveau souffle qu’il appelait lui-même la « négritude » : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être Noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ». Il a été diplômé de l’Ecole Normale Supérieure à Paris et il réalisa de nombreux écrits poétiques en parallèle de ses activités politiques au Sénégal. En effet, il fut le premier Président de la République du Sénégal de 1960 à 1981.

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source : wikimedia

Ce poème, Femme Noire traite de la négritude et est extrait du recueil Chants d’ombre dont la vocation était de revendiquer la culture noire à travers son langage, sa façon de voir, la vision du continent africain, le métissage et surtout c’était un plaidoyer contre le colonialisme.

Le poème dont on parle aujourd’hui est pour moi, un chant à l’amour, à la femme et à la terre africaine. Et ce chant à toute sa place aujourd’hui dans nos sociétés africaines où les femmes noires perdent cette confiance en elle en se laissant distraire par les phénomènes de modes. Je faits ici allusion à la problématique de la dépigmentation (c’est-à-dire, l’usage de produits chimiques pour éclaircir la peau noire). Je ne vais pas m’épancher sur ce phénomène que je déplore et je ne vais pas juger les personnes qui en sont adeptes. Je souhaite juste qu’une prise de conscience se fasse car si les africains eux mêmes ne prennent pas conscience de leurs atouts, je ne sais pas qui le fera pour eux ! Mesdames, Messieurs, apprécions nos femmes et nos hommes noirs!
Bonne lecture !

Source : Coeursenegal.skyrock.com

Femme noire

Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

 

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire

A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre